Le réel, on n'en sort pas

Publié le par Etonnants Voyageurs


"Je ne suis jamais sorti du réel dans ma vie". Répondant à Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction de Courrier International, qui venait d'ouvrir le débat sur "L'exigence du réel ?" par cette question : "jusqu'où l'auteur intervient-il pour témoigner au mieux du réel ?" le brésiien Sebastiao Salgado a rappelé que son travail photographique atteste depuis les années 70 de la constance de son écriture. Constance qui a elle seule garantit l'authenticité de son propos de "photographe pour l'histoire".

Photographe et/ou réalisateur, les intervenants de cette rencontre s'entendent implicitement (inconsciemment ?) sur un point : le réel, ils l'affrontent. A double titre, puisque ensuite, ils doivent résister à la critique. Pour le réalisateur Bertrand Tavernier, tout artiste qui témoigne du réel peut se voir accuser "de fausser le réel, d'abuser d'esthétisme, de salir la réalité". D'où son parti pris, modeste, de "sans cesse découvrir des mondes". "Je n'ai pas le pouvoir de changer le réel, mais je peux tenter de l'éclairer..." indique t-il, avant de poursuivre par un clin d'oeil historique que le public apprécie : "Ne fut-ce pas d'ailleurs la mission première des frères Lumière."

Comprendre le réel et accepter ses normes. "Toute société en crée, à l'individu de faire avec. Quand ces normes sont contraires à sa vérité profonde, soit il est hypocrite, soit il marque son opposition... C'est une lourde responsabilité que de laisser libre cours à sa subjectivité." Ces mots choisis de Boualem Sansal, auteur, avec Le village de l'Allemand, "d'histoires vraies" liées à l'histoire politique de l'Algérie, nous montrent l'exigence de sortir du débat qu'autorise le système.

Marie-Laure Even

Publié dans Rencontres

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