Changement climatique: il y a urgence

Publié le par Etonnants Voyageurs

Scientifiques, gouvernants et habitants de la planète: agissons de concert ! C'est en quelques mots le résumé de la rencontre de ce matin entre plusieurs scientifiques au Théâtre Chateaubriand en ouverture de la journée consacrée aux Pôles avec les éditions Paulsen. 
Après une projection applaudie du film sur l'expédition de la goélette polaire Tara, Au coeur de la machine climatique, des scientifiques se sont réunis afin de dresser un état des lieux du changement climatique. La dérive de Tara pendant plus de 500 jours au coeur de l'océan arctique glacial a permis de comprendre les mécanismes du changement de climat. Avec un constat : le bateau a dérivé trois fois plus vite que prévu. Le changement climatique a réellement lieu, et de façon plus importante que ce que les scientifiques avaient prévu. Le niveau des océans s'élèvera d'un mètre d'ici la fin du siècle et la température devrait augmenter entre trois et six degrés.
Ce changement augmentera les phénomènes climatiques violents : ouragans, inondations, tempêtes. Des îles du Pacifique disparaîtront et des capitales telles New York ou Londres seront menacées. Il y a donc urgence à comprendre les transformations géophysiques du Grand Nord. Tous spécialisés dans l'étude des pôles, les scientifiques réunis ce matin ont confronté leurs point de vue divergeants selon qu'ils sont ethnologues, climatologues ou géophysiciens, aux côtés de Christian de Marliave, coordinateur de la mission Tara.
Ainsi Charles Wohlforth, éminent glaciologue, est convaincu que la science ne suffit pas, elle a ses limites dans la prévision des changements climatiques à venir. Il appartient donc au public, à l'individu de sentir lui même ces changements, "d'établir une sensibilité, une connexion émotionnelle" avec le climat. Il prend notamment l'exemple des esquimaux, ces peuples qui lors des chasses à la baleine, sont déjà aux prises avec le changement climatique et qui s'y adaptent, en apprenant à anticiper le comportement de la glace. Des difficultés que nous ne connaissons pas encore sur nos continents. Claude Lorius, grand spécialiste du milieu polaire, lui conteste, en rétorquant que si les esquimaux vivent déja le changement climatique, ils ne savent pour autant en expliquer les raisons: l'augmentation des gaz à effet de serre.
La science est donc indispensable pour appréhender le futur, l'expérience humaine ne suffit pas. Les incertitudes scientifiques ne sont pas des limites mathématiques parce qu'elles sont liées à des choix politiques. La science ne peut prédire quelles seront les décisions politiques en terme de choix énergétiques. Pour lutter contre les effets du changement climatique, les gouvernants doivent donc intervenir et établir une politique au niveau mondial. Et selon Charles Wohlforth, si cette implication des gouvernements est indispensable, une prise de conscience doit aussi venir de la base, les individus doivent changer leur comportement quotidien, faire les gestes nécessaires pour polluer moins. 
Qu'ils soient catastrophistes ou optimistes, les scientifiques s'accordent sur le fait qu'il faut alerter, communiquer. Quel que soit son niveau, chacun doit s'impliquer dans la lutte contre le changement climatique : la Terre n'est pas en péril mais la civilisation, elle, peut l'être à terme. Puisse des expériences scientfiques et humaines à l'instar de l'expédition Tara, se réitérer et ce dans différentes parties du globe: les pôles, mais aussi la forêt amazonienne ou encore la barrière de corail.  

Florence Brissieux 

Publié dans Rencontres

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