Rougerie, Césaire, le prix Robert Ganzo : la poésie mise à l'honneur

Publié le par Etonnants Voyageurs

Matinée riche en vocabulaire ce dimanche dans la salle Maupertuis du Palais du Grand Large. Après le débat "Y a-t-il une langue du maître ?", Yvon Le Men et consorts s'approprient la salle pour une heure et demie de récompense à la poésie, débutant avec un hommage à Aimé Césaire, suivant ensuite le "chemin du poème" et achevant sur la remise du prix Robert Ganzo.
Aimé Césaire avait le sens de l'image, du concret, assure Jacques Darras. C'est précisément ce qui en fait un grand poête à ses yeux. Sa poésie ponctuée de respirations et emprunte de lyrisme est un monument, et l'assemblée pouvait palper l'émotion lors des lectures d'extraits, entre autres, de Cahier d'un retour au pays natal.

Si la poésie de Césaire est unanimement reconnue aujourd'hui, c'est qu'elle a été éditée pour pouvoir être partagée avec le public, seul juge finalement de la qualité d'une oeuvre. En France, les éditions Rougerie fêtent leurs 60 ans. René Rougerie son fondateur évoque avec émotion un métier qui selon lui présente à proportion égale travail manuel et intellectuel. Cela permet de garder les pieds sur terre et d'élever son esprit dans le même temps comprend-on... André Velter qui dirige, lui, la collection Gallimard pour la poésie (60 à 80 titres par an) est fier du travail d'édition de sa maison qui permet à de nombreux auteurs d'obtenir une reconnaissance élargie et méritée.
Car ce n'est pas le cas dans tous les pays. Letitia Ilea, poète roumaine, nous raconte comment la poésie est accueillie par le milieu de l'édition dans son pays : "une perte programmée" ! Pas très encourageant. De plus, les auteurs qui franchissent le cap de la signature avec une maison d'édition sont ensuite confrontés à la censure. "Un recueil de 80 pages peut rapidement être ramené à 30 pages après examen". Et pour parachever un tableau déjà bien noirci, c'est aux poêtes eux-même d'assurer leur promotion, à l'aide d'un tirage... très réduit. En Italie, la poésie ne fait guère plus recette raconte à son tour Guiseppe Conte, et ce malgré un vivier avéré de jeunes poètes. C'est à la lumière de ces témoignages que l'on peut juger plus sûrement de l'extraordinaire travail de René Rougerie en France qui a su construire un réseau avec les bibliothèques et les librairies, lui permettant de diffuser de manière fiable le travail de ses protégés.

    

 

C'est ensuite avec une grande fierté qu'Yvon Le Men et André Velter accueillent Abdellatif Laâbi, le lauréat du prix Robert Ganzo de poésie remis pour la deuxième fois à St Malo dans le cadre du festival. Avec une bourse de 10000 euros c'est l'un des prix les mieux dotés récompensant un poête. Après Depestre l'haïtien, c'est donc Laäbi le marocain que le jury nomme comme représentant de la poésie en langue française pour l'année à venir. La famille Ganzo représentée par deux de ses petits enfants est émue et fière du rôle que joue la fondation Ganzo sur le terrain fraternel de l'art poétique. Laäbi nous offre lecture de son recueil Ecris la vie puis achève la rencontre sur un poême plus ancien, Deux heures de train, qu'il déclame en arabe puis en français. Beaucoup découvrent ici la prose de l'auteur, mais à entendre les applaudissement, gageons que tous sont convaincus qu'il le méritait bien, ce prix.


Paul Vulcain

Publié dans Prix Littéraires

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